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La Santé Publique ordonne la fermeture des lieux de culte jusqu’à nouvel ordre.

 


Des leaders religieux saluent le docteur Arruda

«Je tiens d’abord à saluer l’engagement du docteur Arruda», dit Mgr Pierre Murray, le secrétaire général de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ) en commentant la toute récente démission du directeur national de la Santé publique.

«Grâce à ce pédagogue, on a tous acquis, au fil des semaines et des mois, des compétences que nous n’avions pas en épidémiologie et en virologie», lance-t-il.

Le docteur Horacio Arruda s’est aussi démarqué comme un homme humble qui a su montrer à tous les citoyens «que la science évolue rapidement, qu’elle tâtonne parfois, qu’elle fait des essais et commet des erreurs».

Mgr Murray, qui est aussi le coordonnateur de la Table interreligieuse de concertation (TIC), rappelle que depuis près de deux années maintenant, il a acheminé bien des lettres et a rencontré à plusieurs reprises, «par Zoom» précise-t-il, le directeur national de la Santé publique afin de l’informer ou de l’interpeller sur l’impact des mesures sanitaires édictées lors des différentes vagues de la pandémie pour les croyants de toutes confessions religieuses et pour les responsables des lieux de culte.

«Je tiens à souligner son ouverture à dialoguer avec nous. On n’a pas toujours été en accord avec le docteur Arruda mais le dialogue était toujours présent. Un dialogue, reconnaît-il, franc, sincère et cordial.»

Lors de chaque rencontre avec les représentants des Églises et des religions, le docteur Arruda s’est montré «chic, affable et plein d’humour».

«C’est un homme d’écoute, à n’en pas douter», ajoute Mgr Murray.

Respect

«Bien sûr, c’était aussi un homme prudent qui nous disait qu’il n’était pas seul à bord.» Il répétait régulièrement aux membres de la TIC qu’«on va discuter en équipe de ce que j’entends ici». «Et je crois sincèrement que c’est ce qui se faisait», dit le coordonnateur, même si les conclusions et les décisions de la Santé publique «n’étaient pas toujours à notre goût».

«J’ai beaucoup de respect pour le docteur Arruda», lance de son côté l’imam Hassan Guillet, lui aussi membre de la Table interreligieuse de concertation. «Il a été, pour moi, un homme de dialogue et un homme d’écoute», ajoute le leader musulman qui est aussi un avocat et un ingénieur retraité.

«J’ai vraiment apprécié travailler avec lui.»

Il s’empresse de raconter un fait qui montre la disponibilité dont savait faire preuve le haut fonctionnaire.

«Un jour, on lui téléphone à la toute fin d’une semaine, le jeudi ou le vendredi, et il nous donne aussitôt un rendez-vous pour le samedi qui vient. Il réalise alors que c’est le jour du sabbat des juifs. Tout aussi rapidement, il remet le rendez-vous le lendemain, pour que tous puissent y participer. Franchement, on ne peut pas demander davantage à un homme qui porte sur ses épaules la santé de millions de Québécois.»

Pas de favoritisme

Certains commentateurs ont reproché au docteur Arruda sa trop grande proximité avec les leaders religieux. En mars 2021, par exemple, c’est le directeur de la Santé publique qui a recommandé au gouvernement de rehausser la limite de personnes (250) pouvant être admises dans un lieu de culte, prétextant que des fêtes majeures seraient bientôt célébrées ou observées par les adeptes des grandes religions présentes au Québec.

Mgr Pierre Murray n’est pas d’accord avec ces reproches de favoritisme.

«Ce que je constate plutôt, c’est qu’au Québec, on a eu les mesures les plus sévères au monde pour les lieux de culte. Aujourd’hui encore, alors que la vague Omicron frappe aussi durement l’Ontario que le Québec, les lieux de culte sont ouverts en Ontario, mais pas au Québec.»

C’est pourquoi il ne croit pas que «la foi personnelle du docteur Arruda ait influencé» les décisions gouvernementales envers les lieux de culte. Quand qu’il entrait en dialogue avec les membres de la TIC, «ce n’était pas en homme de foi mais bien en qualité de haut fonctionnaire et de scientifique», note-t-il.

Une question de dialogue

Hassan Guillet, un membre fondateur de la TIC, voit plutôt dans ces reproches l’expression d’«une rupture de dialogue dans la société québécoise».

«Notre société est laïque. Le gouvernement est laïc. Mais les individus sont des êtres qui ont leur foi, leurs croyances ou leurs incroyances. Personne ne peut juger de cela. Que le docteur Arruda soit croyant ou non, que son remplaçant soit croyant ou non, cela ne doit pas affecter son travail. Nous, on a bien remarqué qu’il était à notre écoute. Mais je suis convaincu qu’il avait la même écoute avec les autres secteurs de la société.»

«Personnellement, je n’ai jamais perçu de favoritisme chez lui. Je sentais plutôt qu’il était préoccupé par l’adhésion de toute la société aux règles sanitaires.»

D’ailleurs, lorsque ces accusations ont été lancées, «on laissait les salles de spectacles et les cinémas ouverts alors que les lieux de culte étaient fermés tout comme, souvenez-vous, les bars».

«Comme imam, franchement, cela m’insultait doublement. Comparer une église, une synagogue ou une mosquée à un bar, c’était vraiment fort, d’autant plus pour un musulman qui n’a pas le droit de boire!», observe l’imam en éclatant de rire. «Ce n’est pas du favoritisme, cela.»

«Plus sérieusement, je me sens triste de voir le docteur Arruda partir», dit Hassan Guillet. «Je souhaite bonne chance à son successeur», le docteur Luc Boileau, qui assurera ce poste par intérim pour le moment.

«Et je souhaite bonne chance à nous tous, de la grande famille humaine, pour que cette pandémie prenne fin le plus tôt possible»